Mon abécédaire cistique : contes et légendes, le L

Publié le par crevette76

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L
= Lécluse


Quelle nuit que cette nuit-là ! Mais qu’on ne s’y méprenne : si le fermier l’a passée à se tourner et se retourner dans son lit, c’est pendant le sommeil de la fermière, et uniquement agité par l’angoisse du lendemain.
D’ailleurs, il a fini par la réveiller, sa prude épouse, à force de soubresauter dans son bonnet de nuit.
Dehors, le vent soufflait. Et sous son crâne plus encore, la tempête faisait rage. La fermière, qui connaissait son homme, s’en aperçut malgré les brumes en lesquelles ce réveil intempestif la tenait encore, et voulut en savoir plus.
– « Mais qu’esse t’as don, vindiou ? », lui susurra-t-elle. Ou quelque chose d’approchant.
Et le fermier de se confier. Le matin précédent, mollement assis sur un séant désemparé, il avait fait une drôle de rencontre. Il en était à se lamenter de l’incendie de sa grange, cherchant vainement l’endroit où il pourrait entreposer pour l’hiver son opulente récolte, quand un personnage tout noir vint lui proposer une solution inespérée : – « Je suis capable de te construire une nouvelle grange en une seule nuit. » – « Mais dis-moi d’abord qui tu es… » – « Je suis celui que tu as invoqué tant de fois en jurant sur tes bêtes. On m’appelle Belzebuth, mais tu peux m’appeler Satan ou mieux encore le Diable ! »
Esprit rusé
On comprend l’émoi du paysan. Saisi par tant d’inopiné, il reste coi, ce dont le Malin profite : « La seule chose que je te demande en échange, c’est de me donner ton âme. D’ailleurs, j’ai tout prévu, il suffit que tu signes en bas de ce parchemin. » Car le Diable a toujours un parchemin sur lui, c’est bien connu.
En tout cas, le pauvre bougre signe, et le voilà, au milieu de la nuit, désemparé à l’idée de perdre son âme, honteux, même, de devoir ainsi s’épancher devant sa moitié, que l’éveil emplissait toutefois d’idées nouvelles. Mais qu’on ne s’y méprenne toujours pas, c’est vers le salut de l’âme de son métayer qu’allait le foisonnement de cet esprit rusé et féminin.
Puisque le Diable avait promis de terminer la grange avant le chant du coq, il suffisait de guetter l’avancée du travail, et de bousculer le gallinacé juste à temps pour qu’il chante le lever du jour. Pas bête, hein ?
Ainsi fut-il fait, donc. Se disant sans doute qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les oeufs, la fermière brandit sa chandelle sous le nez du coq, qui se mit à chanter sans chercher à comprendre, au moment même où Belzebuth portait sa dernière pierre, scellant du même coup la défaite de celui-ci, et le salut de l’autre, qu’elle avait épousé pour le meilleur et pour le pire, après tout.
Furieux de s’être ainsi laissé mystifier, le Diable envoie alors balader la pierre qui se fiche sur un monticule agréable, à deux pas de là, sur la commune de Lécluse.

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